12 janvier 17 h 39
Je suis sous le grand pommier, comme en début du mois.
J'attends la fîn du jour avec ses mystères.
Le temps est frais mais il ne gèle pas.
A la différence du 4 janvier et à la même heure où la lumière baissait
vite, aujourd'hui, le ciel est plus clair.
Un bleu gris l’a envahi,
avec des fines nuances d'autres gris.
Un merle au loin pousse
son enchaînement de cris saccadés, annonciateur de la fin de la journée,
son dernier vol vers son refuge.
Rumeur de la ville lointaine.
Sons absorbés par tout cet espace autour
de moi, du sol jusqu’au ciel.
Soudain, une petite moto pétarade au loin, s’approche, n'en finit pas de tourner
et de retourner, de s'éloigner, de revenir et puis, disparaît.
Une autre oiseau plus lointain, peut être un autre merle. La rumeur de
la ville baisse.
Bientôt 18 h.
Toujours cette couleur du ciel bleu-gris mais devenant sombre, mate, tel une épaisse mousse noire synthétique au-delà.
Silhouettes des haies, du grand chêne ,
devenant presque noir.
Derrière les haies, mon voisin ferme ses quelques volets coulissants
donnant sur son jardin, en les tirant d'un coup sec vers le bas.
Fort bruit de
frottements dérangeants.
Grondement d’un avion.
Quelques oiseaux passent dessus les grandes haies de lauriers, avec
des sons de gargouillis.
18 h sonne à l’eglise de la Madeleine.
J’allume une cigarette. La nuit tombe vraiment. Où se cache le fantôme
de Charly, sous les haies peut être?
Les lampadaires au sodium du faubourg se sont allumées.
Je vois
maintenant, sur ma gauche à plus de cinquante mètres, comme une large
colonne orange, correspondante à une vue étroite sur le Faubourg.
Ce phénomène, dû à une vue libre sur le faubourg, laissée par une sorte de
petit passage entre les deux bâtiments, à la sortie du jardin, déjà dans l'obscurité.
Apparition de petites silhouettes furtives, traversant tout
en bas cette sorte de fenêtre, des marcheurs pressés dans
ce vent froid.
Devant, derrière le tronc du pommier la prairie n'est plus que formes
de tâches noires.
Où es tu Charly ?
J’aimerais tant que derrière moi tu sautes
soudainement sur mon épaule. Je ne te dirai rien, je ne te gronderai
pas.
Tout devient noir, les haies et le chêne plus que tout. Le ciel est d’un
gris bleu noir, avec beaucoup de noir .
Entre les deux bâtiments là bas, la colonne est encore plus orange.
Quelques lumières de phares de voitures passent. A la base de la colonne ce sont
des traits filants rouges et blancs.
Mais la colonne semble surmontée d’un chapiteau,
Illusion de ce chapiteau créé par un espace libre plus grand,
tout en haut d'un bâtiment proche, grâce à la pente de son toit.
Je cache une seconde l’écran lumineux de mon portable...
Je vois bien la
colonne orange. Sous le chapiteau, la colonne se transforme maintenant en un phare avec une
fenêtre, celle du logement du gardien du phare, tout en haut.
Vrombrissemnt d’un gros avion à hélice. Etrange, que faît-il là ?
Il est assez haut, vite deja
loin.
Levant la tête devant moi, je m’apercois que les fines branches
ramifiées du pommier sont comme un grand réseau de branchies, très noires.
18 h 30 sonne à l’eglise de la Madeleine.
Je ne sens plus mon doigt glacé qui tape sur le portable.
Je
sens Charly sur mon épaule gauche. Il est lourd et il a faim.
Demain près du grand chêne,
sous le bord du cotonéastre, sur sa petite tombe, je déposerai une
assiette avec de la pâtée pour chat.
18h 54 , la nuit est là, le vent plus frais.
Un gros ramier bat des
ailes dans l’ if, s'y cale pour passer la nuit.
Le phare me guide pour rentrer doucement, sans lampe.
19h sonne,
longuement, pour les vêpres.
Le tintement des cloches ralenti, s'espace et cesse dans un dernier "dong" étouffé.
Je continue longtemps à l'entendre.
Couleur orange
dans le passage sur rue
du petit chat mort