LES MESSAGERS
Eté 2025
Après la canicule de juin - juillet la pluie était revenue.
Les tomates qui avaient poussées en restant toutes petites, pouvaient
s’hydrater et j’espèrais qu’elles finiraient par grossir, des tomates
miniatures ce n’était pas ce qu’il y avait de mieux dans mon assiette.
Le jeune laurier - tin planté sur la caillasse près du cabanon -
atelier
faisait aussi grise mine.
Ailleurs, le jardin avait bien résisté, sans doute en raison des nuits
restant plus fraîches. Il était encore plus beau et luxuriant que
jamais.
Le pêcher et le pommier portaient une multitude de fruits, évidemment
toujours pas très gros.
Les canniers étaient quand à eux devenus gigantesques, prodiguant sur
le bassin aux poissons rouges un ombre salutaire.
Leurs oriflammes se frottant les uns sur les autres, à la moindre
brise,
envoyaient leur étrange musique aux sons soyeux.
Comme tous les soirs, les poissons rouges, m’attendaient vers 20 h,
pour leur distribution de granulés, et , quand ils entendaient mon pas,
se précipitaient au coin du bassin, leurs petites bouches tendues vers
les granulés pas encore tombés.
Des petits yeux noirs sur des corps rouge - vermillon, pleins de
vie, se
battant à moitié pour en attraper un, se lançant dans une attaque,
qu’ils voulaient foudroyante comme font les grands, emportant
précipitamment au fond de l’eau le delicieux bâtonnet, pour revenir
aussitôt en chercher un autre.
Dans des bruits de plafs et de ploufs !
Ce rituel quasi quotidien pour moi était devenu capital.
Je ressentais si bien ces petites vies, je les adorent mes cyprins et
je me surprenais à penser que dans l’univers infini, ils
doivent avoir leur place.
Oui, brillants de tous leurs feux, ils étaient faits de matière, animés
par la vie à l'instar des étoiles qui naissent et meurent.
Ne
cherchons plus l’origine de la vie.
La vie, c’est avant tout matière et
amour.
Ce n’est pas dans un tube à vide avec des millions de volts que l’on va
réussir à la créer.
Il manque un élément fondamental, métaphysique, en lien avec un
grand désir et l'amour .
Ils m’emportaient si loin ces petits poissons rouges avec leur drôle de
façon d’attaquer les granulés !
J’avais ressenti la plénitude de leur monde et sa sérénité, comme la
vie accrochée à la terre, jusqu’aux étoiles vivantes , naissantes et
mourantes, lorsque je me promenais aux confins du nuage d’Oort et
ailleurs, si loin, à la limite d'expension de l’univers, s'étendant
toujours encore plus loin.
J’avais compris que la vie c’est l’amour avant tout, quelque chose que
l’on n’explique pas.
Je vois ces toutes petites libellules bleues, ces demoiselles autour du
bassîn.
L’une d’elles est venue se poser sur ma cuisse.
Je
suis en short, il fait très chaud en ce début d’après - midi.
Elle reste
longtemps, je la sens sur ma peau, son énergie, sa force, sa vie.
Elle me fait comprendre que nous sommes bien, que je dois me taire,
écouter, ressentir et ne pas bouger.
Elle finit par partir.
Non, je ne peux oublier cet instant, rien n’est perdu.
La vie c’était bien l’amour, et, réciproquement, cet amour de la vie
d’où venait -
il?
Devenue
grande
Cette demoiselle bleue
Sur ma peau posée
L'hiver 2025 arrivait doucement, le jardin se calfeutrait sous les
feuilles et
le
bois mort, sous le lierre du grand chêne. Cotoneastes, buissons
ardents, troënes des bois, s'habillaient de baies
rouges et noires.
Parsemé d' herbes folles, de vieilles pommes maintenant blettes
et dispersées partout par les jeux de mon jeune braque, le jardin était
devenu une auberge ouverte à toutes les petites bêtes recherchant
un peu de chaleur.
DEUX YEUX AU DESSUS DE LA GOUTTIERE
Toussaint 2025
Mon vieux chat vient de mourir quelques jours avant la Toussaint.
Ce temps définitivement perdu, je ne le rattraperai pas.
Pourtant, je ressens toujours près de moi ta petite âme de chat.
Maintenant tu es libre et libéré de ton corps
de félin, douloureux à la fin mais si puissant auparavant et qui t’a
sauvé quand tu étais jeune et errant.
La première fois que je t'ai vu, tu appelais à l’aide allongé et blotti
tout la haut dans la
gouttière de la voisine.
Adieu mon chat Charly je t’aimais tant.
Tes yeux clairs bordés de noir,
ton petit museau pointu, ta face blanche prolongée par cette longue
robe
tigrée.
Tout était une merveille chez toi.
Le roi de la cour, un seul de ton regard décourageait les intrus, les
chats rivaux et autres vagabonds.
Tu avais eu si faim que tu finisais toutes les assiettes en ne laissant
aucune miette pour les autres.
Les
chiens, osant s'aventurer dans la cour et celui de la maison, ne
t’impressionnaient pas. Tu marchais tranquillement vers eux, avec tes
yeux
lançant des éclairs.
Mais tu aimais les hommes et tu leur tendais tes pattes pour qu’ils te
prennent et leur dire quelque chose, des mots à toi, une histoire à
l’oreille.
Ces hommes dont l’un d'eux, très cruel, t’avait enfermé dans un sac
plastique
au fond d’une poubelle et cet autre qui a entendu tes cris
suppliànts et t’a délivré.
Pour aller te cacher, pendant des jours et des nuits, allongé dans
cette gouttière de la voisine.
Je te voyais souvent là, je pensais à tort que tu étais son nouveau
chat.
Et tu m'appelais quand je passais, encore et encore, couché tout là
haut dans la gouttière, la patte pendante.
Jusqu'au jour où je lui ai demandé si c'était son chat. Quel fût alors
mon étonnement d'apprendre que non et qu'elle le voyait ainsi dans la
gouttière depuis des jours et des jours.
Je l'ai de suite appelé, il est de suite descendu et m'a suivi
paisiblement jusqu'à ma maison, tout à côté.
Tu m’as donné tant d’amour, je t’aimais en retour
comme jamais je n'ai aimé un chat.
Avec toi dans le jardin, les printemps
devenaient éternels, les hivers si beaux quand tu revenais à la maison,
marquant devant moi la neige blanche de tes petits pas.
Une étoile a
illuminé ma vie pendant des années. Je te reverrai. j’en suis sûr.
Juste un "au revoir" mon Charly.
Dans mes larmes je ris, tu te caches mais je te vois!
Deux yeux au
dessus de la gouttière !