JOURNAL D'UN FOU DE HAÏKU
 Chapitre 6

DEUXIEME PARTIE




DANS L'EN DELA DU TEMPS

 

3 avril 2026

Je viens d’écrire cette date et j’ai eu pendant quelques secondes un  moment d'hésitation. Tout à coup, je ne savais plus si l’on était en 2026 ou en 2027.
 j ’ai eu la tentation d’écrire 2027 et je ne sais pas pourquoi.

Bousculer la routine du temps,  se tromper, pour  oublier ce temps rationnel, oppressant, depuis la mort de mon vieux chat Charly, à la Toussaint de l'année dernière.

L’élan perdu après janvier d’écrire, mon regard posé  juste sur tout ce qui m’entoure, à observer, méditer sans fin, regarder.

Comme il me semble que rien ne change !

Je n’ai vu la fin de l’hiver, ni l'arrivée du printemps. Rien ne change ou a changé fondamentalement,  les processus de vie ou de mort se perpétuant inexorablement et en silence, à mon insue.

Tout continue de la même façon. Le temps  détraqué, reproduisant tout à l’identique.

Permanence sans fin,  dans des séquences sans cesse renouvelées du temps, pourtant condamné à finir un jour.

Mes cheveux poussent et j’en perds plus qu’ils n’en poussent, mes rides se creusent, des nouvelles rides les rejoignent.

Fins sillons comme ceux de la vie se propageant partout, rampante sur le sol, sur les écorces, brindilles et branches des arbres, les jeunes pousses des fleurs.

Tout est droit au départ, la tige du rejet du noisetier, puis tout se courbe, se tord, pousse inexorablement, meurt, revit dans une autre.

Alors pourquoi je pense au  temps, ici, en ce lieu, maintenant , ce soir, en cette minute,  à cette seconde, à cette chronologie étrange sous entendue par le temps.
Je n’aime pas ce mot " chronologie"  

Avec l’accumulation des secondes dans des évènements, se succédant, ce qui n’a pas de sens.  J’oublie le temps  inconsciemment.

Pour moi le temps ne s’inscrit pas dans cette  énumération cadrée et aliénante de la chronologie.

Mais plutôt dans une perception subtile de " l’en delà " de  moi, se manifestant pour me charmer et me faire comprendre que j’en fais partie et qu'il  est moi. Dans cet " en delà ", Il n’est plus question de temps.

Il y en a t’il vraiment ? du temps... car je ne le vois pas, je ne le sens pas.

J’oublie...

Reste la description indicible du temps oublié, disparu, que je ne peux exprimer.

C'est impossible. Plus je parle du temps en voulant l'oublier, que je tente de parler de ce temps oublié, plus le temps ordinaire revient et veut se rapprocher de moi, m’envelopper, me kidnapper, me prendre en otage, jusqu'à tenter de me détruire, me tuer.

Oublier, oublier.

Ce temps...

Ce  grand cycle où tout continue et rien ne change, finalement.

La perception ordinaire d’un temps arrêté ou d’un temps infini, temps utile ou inutile, temps gâché..
Tout cela, n’est ce pas la même chose?

" le temps de mourir" mais c’est toutes les secondes où  l’on meure un peu ou alors où l’on meurt vraiment. La vie partie reviendra dans l’infini sans parler de temps.

La vie est immortelle pour tout.

"Le temps" ne veut rien dire !

Car, voilà ce qui surgit, qui était caché,  incrusté secrètement depuis l’origine des temps, dans une singularite originelle du temps.

Elle  m’entraîne comme si j’etais plongé dans un torrent déchaîné,  ou prisonnier d’une avalanche dévalant la plus abrupte des pentes d’une montagne gigantesque d’un autre monde où les montagnes sont des milliards de fois plus grandes que les nôtres..

Pour me relâcher dans " l’en delà du temps", mon " en delà "

20h 18
- Les gros ramiers roucoulent dans les arbres, sur les faîtages et les arêtiers.
- D’amour.
Eux aussi veulent recommencer avec la vie, le temps.

Ce temps sera toujours le même, à moins que, l’irrémédiable surgisse. Une petite interruption sans lumière, quelques instants.

Tous ces hommes morts
jonchant la terre noire
les étoiles fuient

Mais pourtant, partout les merles chantent tant et plus dans les haies, le grand laurier sauce.
La nuit vient tres lentement, la rumeur de la ville faiblit.
Les merles chantent plus loin.

-  Je suis là! Je suis là, disent-ils
-  mais oui, répond un autre, je sais
   Un autre dit :
-  j’ai envie
   Un autre dit :
-  qu’est ce que tu vas faire..

Et cela dure.

20 h 30 sonne à l’eglise de la Madeleine.

Les merles sont infatigables. Des trilles. Un merle fait un long sifflement d’admiration, comme si il venait de voir une jolie fille.

Un long sifflement
du merle noir dans le soir
Ce soir qu’elle est belle !

Je n’oublierai pas ce long instant, de ce soir du 3 avril 2026.

Ma chatte Cocotte marche en travers du toit d’ardoise de la pergola du voisin.
Elle est presque noire.

J’attends la nuit, j’entends les chants déchaînés autour de moi et me tais.

Je partirai dans cette nouvelle lumière de la nuit noire, guidé par Charly, endormi entre le grand chêne et le vieux cotoneastre.

Au dessus de moi, dans le pommier, un merle qui fuyait se pose.
Un chant très court, très proche, d’une force intense faisant vibrer longtemps les tympans.
Est-il parti ou écoute t’il ?

Bientôt la nuit, 20h 48.

J’attends...

Un autre merle s’est posé dans le noisetier, juste devant le pommier, à quelques mètres, encore un cri d’alerte et le bonsoir du merle qui vole vite vers sa cache.

Le beau silence du temps disparu, qui ne finit plus

...

21 h sonne à la Madeleine...je rentre
Je n’ai pas réveillé Charly.
Il est si beau quand il dort.

Je suis ce dernier merle qui fuit vite vers ma cache.

Aussi





13 Avril 2026

J'écris, un peu partout, dehors dans le jardin, à l'intérieur. Je suis foudroyé par cette découverte de l'en delà.

Le temps d’en de-là, le temps que l’on attrape pas, insaisissable, invisible, impalpable et inquantifiable.
Le temps d’en dehors et d’en dedans, d’en dela.

Un temps qui n’en est pas un, qui ne l’a jamais été.
Un autre chose, un en dela
Un état de dimensions, un état unique disparu, revenu, constitué d’un nombre inquantifiable et incalculable de dimensions, chacune également unique,  ressurgies,  se résumant physiquement en des quantum si petits qu’ils sont bien au delà  du quecto, et, qui, par cette corrélation du nombre avec ces dimensions infiniment petites sont des milliards de fois plus présentes et pourtant si rarement perceptibles.

Mais l’en dela peut cependant être exceptionnellement perçu, s’installant dans un évènement singulier, dans  la singularité de la disparition  de l’espace temps.

C’est l’évenement  extrêmement rare du déplacement, en raison de leur nombre infini et leur puissance singulière, des lignes structurelles et ordinaires de l’espace temps, qu’elles supplantent, sans être jamais perçues, tout du moins en temps ordinaire.
Un nouveau tissus ou une membrane non temporelle et sans trame, qui n’a plus aucune ressemblance avec le temps s’installe.

Alors le temps ordinaire n’est plus qu’une illusion et n’existe plus. Il devient non ressenti, ni perceptible, ni quantifiable, ni palpable.

Car l’en dela se rattache à l’origine à des formes insaisissables issues ou précurseur de la matière noire primitive, manifestées après coup ou avant et même pendant. Il est en dehors de tout temps.

Ce ne sont plus maintenant que des concrétions et des sédiments, des restes, des traces, cependant toujours actifs et en perpétuel résurgence, telle une  lave éteinte réactivée par le magma souterrain d’un volcan éternel.

Cette énergie phénomenale de l’en dela originel, est apparue bien avant notre espace temps et ses quatre dimensions.

Enfin l’en dela est présent, pour et dans certains êtres vivants, animaux, plantes, pierres, matières, sans qu’ils le ressentent, l’identifient comme tel. Ils vivent avec et l’en dela les fait vivre, exister sans jamais mourrir.

L'oeil de la lune
depuis toujours sur mon front
des milliards d'années

Passé, présent et futur se sont perdus dans l'en delà, survenu et reparti


A suivre...La vengeance du temps










Jissé R. © tous droits réservés - 2024
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